est très affecté de perdre, à 11 ans, son père, cet être érudit et
généreux qu'il admire. C'est son premier "Schaudern" ( "frissonner
d'épouvante"). Il sera élevé au milieu de femmes, au premier rang desquelles : sa
mère, Anna Schackleton, l'ancienne gouvernante de celle-ci, la bonne, ses tantes et ses
trois cousines.
A treize ans, lors d'un séjour à Rouen, André Gide découvre sa
cousine Madeleine (âgée de 16 ans) en pleurs et en prière du fait de l'inconduite
conjugale de sa mère, la tante Mathilde. C'est son second Schaudern : "Je
sentais que dans ce petit être, que déjà je chérissais, habitait une grande , une
intolérable tristesse, un chagrin, tel que je n'aurais pas trop de tout mon amour, toute
ma vie pour la guérir..." . Le jeune André Gide prend ainsi conscience du
sentiment amoureux qu'il éprouve pour sa cousine.

Gide jeune
Très tôt Gide fréquente des cercles littéraires, en
particuliers celui des milieux symbolistes. Il publie alors , à compte d'auteur , Les
Cahiers d'André Walter . Sa cousine, Madeleine, à qui il a offert le premier
exemplaire, refuse le mariage. " Je protestai que je ne considérais pas son refus
comme définitif, que j'acceptais d'attendre, que rien ne me ferait renoncer " .
Gide, du petit garçon fragile qu'il était, est devenu une sorte
d'esthète, de Narcisse, très influencé par la littérature contemporaine. Un voyage et
un séjour en Tunisie (1893-1895) vont être déterminants : parti pour y soigner sa
tuberculose, il y assume pour la première fois son homosexualité et en revient libéré
de toutes contraintes.
A son retour, peu après la mort de sa mère, en 1895, Gide épouse sa
cousine Madeleine , pour qui il éprouve depuis l'âge de quinze ans, une profonde
affection. Mariage blanc et qui le restera : "C'est le ciel que mon insatiable
enfer épousait."
Toute la vie de Gide est aimantée entre le ciel et l'enfer, entre la
liberté et la contrainte morale, entre l'ange et le diable; il semble écartelé entre
les extrêmes, déchiré entre les contradictions. Ainsi l'austérité de La Porte
Etroite répond à l'Immoraliste (1902) et Saül (1903) est un écho aux
Nourritures terrestres (1897).
En 1909, Gide fonde la NRF avec Copeau et Schlumberger. Cette revue
imposera peu à peu une école de la rigueur et du classicisme, avec des écrivains comme
Gide lui-même, Proust, Alain-Fournier, Giraudoux, Martin du Gard, ou Valéry. Puis Gide
rompt avec le catholicisme. Les Caves du Vatican (1914), dont le célèbre héros,
Lafcadio, cherche à se libérer par un acte gratuit , en est un des élements tangibles.
Paul Claudel est choqué par un "passage pédérastique" du livre. En 1919, Gide
publie la Symphonie Pastorale. Puis de 1920 à 1925 Gide va connaître "une
triple libération" : "libération du passé dans Si le grain ne meurt (1926),
souvenirs d'enfance et de jeunesse, où il pousse la confession jusqu'à son point
extrême; libération de la contrainte morale, dans le Corydon (1924), apologie
ouverte de l'homosexualité; libération artistique aussi, la plus féconde, dans les
Faux-Monnayeurs (1925)".
Puis Gide s'engage contre le colonialisme après un voyage au Congo (
1925-1926) ; en faveur de la paix ( il assiste au congrès mondial de la paix en 1932) ,
et enfin dans le communisme , qu'il abandonnera dans la douleur suite à un voyage
décevant en URSS (1936).
La mort de son épouse en 1938 l'amène à tirer un premier bilan de
son existence. Il commence à publier son Journal (1889-1939) .
Lors de l'occupation allemande, Gide séjournera sur le continent
africain. Au retour de la guerre, il renoue avec un personnage qui le hante depuis
longtemps : Thésée, l'aventurier auquel , il s'identifie, malgré ses apparentes
allures de moraliste.
En 1947, André Gide obtient le prix Nobel de littérature (sixième
écrivain français à être couronné depuis 1901).
Il adapte ensuite le Proçès de Kafka que Jean-Louis Barrault
mettra en scène , en 1947, au Théâtre Marigny.
André Gide est mort le 19 février 1951 d'une congestion pulmonaire. Il eut ces
derniers mots mystérieux : " J'ai peur que mes phrases ne deviennent
grammaticalement incorrectes. C'est toujours la lutte entre le raisonnable et ce qui ne
l'est pas ..."