Personnage aux multiples facettes :
écrivain, diplomate, cinéaste, héros de la " France libre ", Romain Gary
confesse son penchant pour les " farces et attrapes " : marionnettiste, montreur
de personnages ambigus, inventeur de fables à double sens, cur sensible et sourire
moqueur, " clown lyrique ", il manie les ficelles du métier en se tenant à
distance pour juger de leffet produit, se plaisant à étonner et à séduire. Il a
poussé lart du prestidigitateur jusquà se donner secrètement un double, cet
Emile Ajar que couronne un prix Goncourt, faisant de Gary le seul écrivain à avoir deux
fois reçu cette récompense sous des noms différents.
Le succès de son premier roman Education européenne prix des
Critiques en 1945, coïncide avec son entrée au Quai dOrsay. En poste à Sofia,
Berne, New York, La Paz, il nen continue pas moins décrire. Les racines du
ciel (Prix Goncourt 1956) est une fresque de la vie coloniale en Afrique Equatoriale
française. Il quitte la diplomatie en 1961. Après un recueil de nouvelles Gloire à
nos illustres pionniers (1962), et un roman humoristique Lady L. (1963), il se
lance dans de vastes sagas : La Comédie américaine (Les mangeurs
détoiles et Adieu Gary Cooper 1969), La danse de Gengis Cohn
(1967), La tête coupable (1968), Charge dâme (1977). Pour
Sganarelle (1965), définit, face aux nouvelles théories sa propre doctrine
romanesque.
Après la réalisation de deux films : Les oiseaux vont mourir au
Pérou (1968) et Kill (1972), il exprime dans Chien blanc (1970) une
profession de foi anti-raciste. Gary laisse percer son angoisse du déclin dans au-delà
de cette limite votre ticket nest plus valable (1975) et Clair de femme (1977).
Après la fin tragique de la comédienne Jean Seberg, son épouse de
1962 à 1970 un dernier roman Les cerfs volants (1980) précède de peu son
suicide.
Un document posthume révèle que, avec la complicité de son neveu
Paul Pavlowitch, Gary se dissimulait sous le pseudonyme du mystérieux Emile Ajar, dont
les romans Gros Câlin (1974), La vie devant soi (Prix Goncourt 1975), Pseudo
(1976), Langoisse du roi Salomon (1979), marquent un tel renouvellement
décriture que la supercherie ne fut jamais découverte du vivant de lauteur
qui la révèle dans un testament, Vie et mort dEmile Ajar (1981 posthume).
Lélément unificateur du périple qui fut sa vie, la question
centrale à propos de Gary est le problème de lidentité. Dans, sa vie, dans son
uvre, dans son apparence physique même, Gary na cessé de changer, de
superposer les visages, les noms, les identités, finissant par écrire sa vie comme
lune des pièces de son uvre.
Dans Vie et mort dEmile Ajar le romancier sexplique
sur sa " nostalgie de la jeunesse, du début, du premier livre, du recommencement
", son angoisse existentielle face à lenfermement dans un personnage, son
désir déchapper à soi-même et son malin plaisir davoir joué un bon tour
au " parisianisme " honni. " Je me suis bien amusé, au revoir et merci
".
Rosanna Delpiano
Références bibliographiques :
Dominique Bona, " Romain Gary ", (Editions Mercure de France)
Jean-Marie Catonné (Romain Gary-Emile Ajar " (Editions " Les
dossiers Belfond)
Dictionnaire des littératures de la langue Française (Editions
Bordas)