François-René Chateaubriand est né à Saint-Malo en 1768, tout
près
de cet océan qui l'a tant influencé. Il est issu d'une vieille famille aristocratique
désargentée, qui parviendra toutefois à retrouver sa dignité grâce à la réussite
commerciale de son père.
Délaissé par ses parents et abandonné aux domestiques, Chateaubriand
regarde déjà, face à la mer, songeur et fiévreux, les ouragans, la colère du ciel et
les horizons perdus. Adolescent à la fois charmeur et rebelle, "il noue des
relations faciles avec les sciences et les arts". Hésitant entre l'Eglise et la
marine, il renonce finalement aux deux.
La révolution de 1789 l'incite à voyager en Amérique, d'où il
reviendra les yeux émerveillés d'une nature encore vierge (Les chutes du Niagara, le
Mississippi ...) et les carnets noircis de notes qu'il utilisera notamment dans Atala,
Les Natchez, Voyage en Amérique.
De retour en France, il souhaite se mettre au service de la monarchie
menacée. Blessé au siège de Thionville, il se réfugie à Jersey, puis en Angleterre.
Bouleversé par la mort de sa mère et de sa sur, Chateaubriand est touché par la
grâce. Il écrit le Génie du Christianisme.
Sa vie sera alors consacré à la littérature et à la politique.
En 1800, il revient en France, prêt à conquérir Paris : "j'abordais
la France avec le siècle". Chateaubriand parvient à s'immiscer dans l'entourage
de Bonaparte qui a de l'estime pour lui. Il est nommé secrétaire d'ambassade à Rome.
Mais suite à l'assassinat du duc d'Enghien, Chateaubriand prend ses distances avec celui
qui est devenu Napoléon 1er. Il reprend une "vie privée" et
se remet à l'écriture. Il entreprend alors son second grand voyage, le voyage d'Orient.
De toutes les lumières et de tous les souvenirs qu'il ramène de Grèce, de Turquie,
d'Egypte, d'Afrique du Nord et d'Espagne, il fera plus tard l'Itinéraire de Paris à
Jérusalem, les Martyrs, et Le Dernier Abencérage.
De retour à Paris, Il achète une maison, la Vallée aux loups, aux
environs de Paris; résidence qui lui permet d'échapper au courroux de l'empereur. Il
décide de commencer, ce qui sera la grande uvre de sa vie, Les mémoires d'Outre
Tombe. Il se consacrera pendant plus de trente ans à la rédaction de ce chef
d'uvre qui ne sera publié qu'après sa mort.
Jean d'Ormesson, dans sa passionnante Histoire de la littérature
française dépeint ainsi l'auteur du Génie du Christianisme et des
mémoires d'Outre Tombe : "Chateaubriand est à cheval sur deux siècles, et
en vérité sur deux mondes : le dix-huitième et le dix-neuvième, le libertinage et la
passion, l'âge des lumières et le romantisme. Il a vingt-cinq ans quand éclate la
terreur . Stendhal a dix ans et Lamartine trois ans. Vigny n'est pas encore né . Hugo non
plus, bien sûr. La révolution romantique sera entreprise par un conservateur d'Ancien
régime, fidèle à la monarchie légitime et à la religion catholique, attaché à la
tradition. Ce n'est pas le seul paradoxe d'un écrivain dominé par la contradiction. Il
fera profession de mépriser les honneurs et il les recherchera, et les obtiendra toute sa
vie. Il sera à la fois le défenseur véhément de la liberté de la presse et un ultra
convaincu. Il sera un chrétien authentique, un catholique soumis, et l'adultère et les
femmes tiendront dans son existence une place considérable."
Lucile, sa sur tant aimée, Charlotte Ives, Céleste Buisson de
la Vigne, son épouse, Pauline de Beaumont, Delphine de Custine, Natalie de Noailles,
Cordélia de Castellane, Juliette Récamier : les femmes qui ont compté dans la vie de
Chateaubriand ne tiendraient pas toutes sur le carnet de Don Giovanni, tant elles sont
nombreuses.
Et c'est une des grandes femmes du dix-neuvième siècle, Juliette
Récamier qui recueillera son dernier souffle, à Paris, le 4 juillet 1848. " Elle
coupera une mèche sur son front et déposera sur son cur qui aura cessé de battre,
un bouquet de verveine".
Comme il l'avait souhaité, Chateaubriand sera inhumé sur le rocher du
Grand Bé à Saint-Malo, face à l'océan qui l'a vu naître. Son épitaphe est le suivant
:
Un grand écrivain français
a voulu reposer ici
pour n'entendre que la mer et le vent.
Passant,
respecte sa dernière volonté."