Erckmann et Chatrian
Emile
Erckmann
(1822-1899)
et Alexandre Chatrian
(1826-1890)
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« Un phénomène, c'est-à-dire un nouveau genre de
beauté en littérature, inventé comme par accident, sorti du néant, ne
répondant à rien de ce qui a été conçu jusqu'ici, n'ayant été ni prédit,
ni annoncé, ni vanté d'avance, mais né de soi-même, comme un instinct
irréfléchi, et s'emparant de l'attention comme par une force de la
nature, vient de se produire inopinément parmi nous. […] Or quel est
l'auteur ou quels sont les auteurs de ce phénomène ? car ils sont deux,
c'est-à-dire qu'ils sont anonymes. […] Ces deux hommes jeunes, dit-on,
encore, se nomment l'un Erckmann, l'autre Chatrian. Il nous
dira juste auquel de ces deux hommes nous devons l'étonnement, la
direction, la gloire. En attendant, nous tiendrons la couronne suspendue
sur deux trônes, quitte à couronner l'ombre pour la réalité, ou l'écho
pour la voix. Qu'ils s'arrangent; les grandes oeuvres de l'humanité sont
anonymes, un roman peut bien l'être. […]
Voulez-vous,
après tant d'adulation, verser une goutte de vérité populaire dans la mémoire
de vos enfants ? ne la cherchez dans aucune de vos histoires, mais
dans le roman vrai d'Erckmann et Chatrian ! »
Alphonse
de LAMARTINE,
Entretien 135 :
Histoire d’un conscrit de 1813,
Cours
familier de littérature, 1856
« Le
monde d'Erckmann-Chatrian est un monde simple et naïf, réel jusqu'à la
minutie, faux jusqu'à l'optimisme. Ce qui le caractérise, c'est tout à
la fois une grande vérité dans les détails purement physiques et matériels,
et un mensonge éternel dans les peintures de l'âme, systématiquement
adoucies. »
Emile ZOLA,
Mes
Haines, 1866.
« Ce peintre d'école hollandaise levant des
paysages allemands vus par la fenêtre d'un cabaret, ce peintre de genre
encore trop heurté de couleur et qui attend comme un bénéfice le
velours brun du temps, de l'expérience et de l'art, sur son rouge trop
dur, a tout d'un coup élargi sa toile, et, dans un horizon plus vaste que
celui dans lequel il se contient d'ordinaire, il est monté jusqu'à l'idéal. »
Jules BARBEY
D’AUREVILLY,
à propos d’Hugues-le-loup,
Les
Romanciers d’hier et d’avant-hier, 1904.
Erckmann-Chatrian :
un seul nom sous lequel se cachent deux écrivains français : Émile
Erckmann (Phalsbourg 1822-Lunéville 1899) et Alexandre Chatrian (Abreschviller,
1826-Villemomble 1890), qui ont fait revivre une période qui s’étend de
1775 à 1875. Ils ont écrit ensemble un grand nombre de contes réalistes
et fantastiques, de romans nationaux, d’ouvrages politiques et d'œuvres
dramatiques (L'Ami Fritz, Histoire d'un conscrit de 1813, Les Rantzau),
qui forment une sorte d'épopée populaire de l'ancienne Alsace. Souvent
considérés, à tort, comme alsaciens, Erckmann, le Lorrain, tient la
plume, tandis que le Vosgien Chatrian place les œuvres dans la presse et
chez les éditeurs et adapte certains écrits à la scène. Le succès
durable d’une association et d’une amitié de quarante ans sera
cependant définitivement interrompu à la suite d’une brouille en 1887.
Romanciers réalistes et populaires, Erckmann-Chatrian ont généralement été
étiquetés « écrivains pour la jeunesse ». Leur œuvre
abondante mérite pourtant d’être lue et (re)découverte à tout âge.
Noëlle Benhamou
BIBLIOGRAPHIE
A lire les études suivantes :
G. BENOIST-GUYOD, La
Vie et l’œuvre d’Erckmann-Chatrian, Témoignages et documents, Contes
et romans nationaux et populaires, t. XIV, J.J. Pauvert.
L. SCHOUMACKER, Erckmann-Chatrian :
étude biographique et critique d’après des documents inédits,
Belles Lettres, publications de la faculté des lettres de l’université
de Strasbourg n°62, 1933, 409 p.
Jean-Pierre RIOUX, Erckmann-Chatrian
ou le trait d’union, Paris, Gallimard, coll. L’Un et l’autre,
1989.

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